La psychologie de la motivation

L'homme à la recherche de sa satisfaction, en conformité sur ce point avec toutes les formes de vie, a développé à travers son évolution un outil remarquable : l'esprit.

L'esprit est une forme évoluée de l'esprit animal préconscient, l'instinct. C'est par le travail de l'esprit sur les désirs matériels, sexuels et spirituels, sources de ses satisfactions et fondement de la vie psychique, que ces mêmes désirs sont élevés au rang de motifs d'action.

Un développement de la lucidité quant aux causes et aux effets des désirs envisagés devrait permettre de sélectionner les désirs valables : réalisables et sensés.

Mais les désirs, qu'ils soient d'ordre matériel (posséder des biens, du pouvoir, etc), d'ordre sexuel (incluant le lien d'âme avec partenaires et enfants), ou d'ordre spirituel (besoin de perfectionnement), échappent souvent à notre lucidité consciente. La souffrance psychique résulte d'un trop grand décalage entre nos désirs et la réalité. L'imagination nous propose des désirs irréalisables ou insensés, multipliables à l'infini. La pré-satisfaction imaginative élimine les obstacles réels, dévoyant ainsi la fonction positive de l'imagination.

 

C'est la vanité humaine qui est à l'origine de cet aveuglement sur les authentiques promesses de satisfaction des désirs. La vanité se manifeste de façon principielle par la survalorisation et la sous-valorisation de soi-même, des autres et de la vie. La disharmonie intérieure qui en résulte génère angoisse et souffrance, échecs et violences.


La vanité (dans le sens de "vain" et aussi de "vide"), faiblesse inhérente à la nature humaine revêt des formes extrêmement pernicieuses et changeantes, produisant les fausses motivations par lesquelles l'être humain cherche à nier sa responsabilité dans les maux qui l'accablent, soit en fuyant la réalité (évasions) soit en produisant des justifications rationalisantes de ses motifs erronés (fausses justifications). Les évasions concernent les trois pulsions, matérielle, sexuelle, et spirituelle. Les fausses justifications se manifestent selon des lignes de force appelées les quatre catégories de la fausse motivation : la vanité (surestime de soi) et la culpabilité excessive (sous estime de soi) qui en est la conséquence légale, sont projetées sur le monde extérieur en accusation (sous estime de l'autre), conduisant à la sentimentalité (surestime de l'autre). Evasions et fausses justifications sont ainsi décelables par la méthode introspective établie par Paul Diel.




(Illustration: Persée décapite Méduse en gardant les yeux sur le miroir confié par Athena afin d'éviter la pétrification)

 

  Monde intérieur Monde extérieur
Sur-estimation Vanité Sentimentalité
Sous-estimation Culpabilité exaltée Accusation
Les quatre catégories de la fausse motivation

 

Deux déformations psychiques peuvent se constituer, conséquences des évasions et des fausses justifications :

 

 

- la nervosité : crispation du sujet sur un pseudo-idéal de vie dépassant ses capacités réelles. Le nerveux s'impose une tâche exaltée, projet d'accomplissement exceptionnel ; il reste crispé dans une attitude moralisante conduisant en réalité à des inhibitions et des échecs. La nervosité peut s'aggraver en névrose.

(Illustration: Le châtiment d'Ixion symbolise les souffrances de la nervosité)

 

 

- la banalisation : dispersion du sujet dans des désirs multiples et poursuite effrénée de pseudo-satisfactions extérieures matérielles et sexuelles conduisant par besoin de justification à la destruction de la culpabilité authentique. Si la nervosité est la maladie de l'esprit, la banalisation est selon l'expression symbolique des mythes judaïque et chrétien la mort de l'âme, menace pour la culture et la civilisation. Terme créé par Diel, la banalisation est, comme son nom l'indique, fort répandue. C'est un état passant parfois pour la norme. Mais, qu'il s'agisse de banalisation conventionnelle (faire comme tout le monde), de banalisation titanesque (dominer les autres à tout prix) ou de banalisation dyonisiaque (débauche de tous les désirs), cet état ne conduit qu'à la perte de l'élan et aux conflits familiaux et sociaux.


(Illustration: La Chimère, symbole de l'exaltation des trois pulsions )

 

 

Fruit de l'évolution, l'homme est un être mi-conscient. Son élan de dépassement trouve son épanouissement dans le travail d'harmonisation des désirs, travail qui implique de dissoudre les désirs subconscients et insensés, matériels, sexuels et spirituels soumis à la vanité, conduisant à des contradictions sans issue et à une angoisse de désorientation.